Quatre ans après un premier album solo à l’accueil critique et au succès commercial mitigés, Gahan passe à la vitesse supérieure, en nous proposant avec Hourglass un album bien plus consistant et convaincant que Paper Monsters, sorti en 2003. A la fin de la tournée Exciter, qui avait marqué le retour au premier plan de Depeche Mode en 2001, celui qui n’était jusqu’alors que le « porte-voix » de Martin L. Gore, avait concrétisé son envie de composer, épaulé par son ami Knox Chandler. En 2004, conforté par cette première expérience conclue par une tournée triomphante, Gahan menaçait de quitter DM si Gore ne le laissait pas composer pour le prochain album : Gore finit par céder, laissant Gahan signer trois titres de Playing the Angel, sorti à l’automne 2005 (Suffer Well, I Want It All, Nothing’s Impossible).
Publié sur le Label Mute et distribué par Virgin, comme les albums de DM et Paper Monsters, Hourglass propose un son est plus lourd que sur le précédent opus, avec des compos dans la lignée des contributions de Gahan au dernier album de Depeche Mode. On retrouve une partie du son DM, fait de basses lourdes, sons synthétiques inventifs, portés par la voix sublime de Gahan, mais l’ensemble sonne résolumment moins pop que les compos de Martin Gore. Hourglass est un album électro-rock sombre très homogène, contrairement à Paper Monsters, dont Dirty Sticky Floors se démarquait dès la première écoute.
Saw something, qui ouvre l’album, évoque Archive, période You All Look the Same To Me, avec ses plages électroniques hypnotiques, un chant éthéré et un refrain que ne renierait pas Craig Walker (I saw… something in your eyes, I’m sure… I wanted it for myself). Kingdom, le titre suivant, qui débute par des samples de ce qui semble être le souffle de Gahan, propose un son indus très marqué, plus agressif : sûrement un bon choix de premier single. Deeper and deeper assume son titre, creusant le sillon ouvert par Kingdom : le son se fait plus lourd, Gahan chante en forçant sa voix vers un timbre grunge un texte qui n’est pas sans rappeler les paroles de It’s no good (I’m gonna have you, when i want to… I’m gonna take you…Deeper and Deeper… I wanna love You…I want your Love), pour ce qui est sûrement le titre le plus typiquement « gahanien ». 21 Days, plus rock, construit autour d’un riff de guitare bluesy distordu, ajoutant aux basses électroniques une batterie et des effets d’écho autour de la voix, rappelle autant l’ambiance de Personal Jesus que Team Sleep, avec des envolées vocales à la Chino Moreno dans la seconde moitié du titre. Miracles clôt superbement la première moitié de l’album, en une sorte d’interlude très ambient, véritable écrin pour la voix sublime du frontman de Depeche Mode : le titre le plus surprenant, à n’en pas douter. Use You, qui démarre downtempo avant une accélération très indus, marque la reprise des hostilités, poursuivie avec Insoluble, titre plus aérien, savoureux cocktail mêlant la douceur électronique à la voix protectrice de Gahan (When you are whispering in my ear, you have nothing to fear). Endless propose une montée en intensité pop après une intro très ambient; encore un titre proche du son Archive. A Little Lie pourrait quant à elle figurer sur un album de Depeche Mode, et Down, qui clot Hourglass, est très sombre, tant au niveau de l’ambiance musicale que du texte. Majestueusement sombre, à l’image de son auteur. propose une montée en intensité pop après une intro très ambient ; encore un titre proche du son Archive.
Gahan, homme tourmenté, nous offre donc un album enfin à la hauteur de ses superbes interpétations des chansons de Martin Gore, dont l’ombre se fait bien moins présente que sur Paper Monsters. Hourglass n’est pas une extension de DM, mais bien un album qui porte la marque personnelle de Gahan. Ces deux fortes personnalités avaient pu jusqu’ici cohabiter, car le rôle de chacun était bien établi : Gore composait, Gahan chantait. L’avenir nous dira si l’épanouissement solo de Gahan sonne la fin de DM ou s’il est au contraire la condition qui lui permet de continuer à exister.