Vendredi 30 novembre 2007 5 30 /11 /Nov /2007 00:58


    Quatre ans après un premier album solo à l’accueil critique et au succès commercial mitigés, Gahan passe à la vitesse supérieure, en nous proposant avec Hourglass un album bien plus consistant et convaincant que Paper Monsters, sorti en 2003. A la fin de la tournée Exciter, qui avait marqué le retour au premier plan de Depeche Mode en 2001, celui qui n’était jusqu’alors que le « porte-voix » de Martin L. Gore, avait concrétisé son envie de composer, épaulé par son ami Knox Chandler. En 2004, conforté par cette première expérience conclue par une tournée triomphante, Gahan menaçait de quitter DM si Gore ne le laissait pas composer pour le prochain album : Gore finit par céder, laissant Gahan signer trois titres de Playing the Angel, sorti à l’automne 2005 (Suffer Well, I Want It All, Nothing’s Impossible).

    Publié sur le Label Mute et distribué par Virgin, comme les albums de DM et Paper Monsters,  Hourglass propose un son est plus lourd que sur le précédent opus, avec des compos dans la lignée des contributions de Gahan au dernier album de Depeche Mode. On retrouve une partie du son DM, fait de basses lourdes, sons synthétiques inventifs, portés par la voix sublime de Gahan, mais l’ensemble sonne résolumment moins pop que les compos de Martin Gore. Hourglass est un album électro-rock sombre très homogène, contrairement à Paper Monsters, dont Dirty Sticky Floors se démarquait dès la première écoute.

     Saw something, qui ouvre l’album, évoque Archive, période You All Look the Same To Me, avec ses plages électroniques hypnotiques, un chant éthéré et un refrain que ne renierait pas Craig Walker (I saw… something in your eyes, I’m sure… I wanted it for myself). Kingdom, le titre suivant, qui débute par des samples de ce qui semble être le souffle de Gahan, propose un son indus très marqué, plus agressif : sûrement un bon choix de premier single. Deeper and deeper assume son titre, creusant le sillon ouvert par Kingdom : le son se fait plus lourd, Gahan chante en forçant sa voix vers un timbre grunge un texte qui n’est pas sans rappeler les paroles de It’s no good (I’m gonna have you, when i want to… I’m gonna take you…Deeper and Deeper… I wanna love You…I want your Love), pour ce qui est sûrement le titre le plus typiquement « gahanien ». 21 Days, plus rock, construit autour d’un riff de guitare bluesy distordu, ajoutant aux basses électroniques une batterie et des effets d’écho autour de la voix, rappelle autant l’ambiance de Personal Jesus que Team Sleep, avec des envolées vocales à la Chino Moreno dans la seconde moitié du titre. Miracles clôt superbement la première moitié de l’album, en une sorte d’interlude très ambient, véritable écrin pour la voix sublime du frontman de Depeche Mode : le titre le plus surprenant, à n’en pas douter. Use You, qui démarre downtempo avant une accélération très indus, marque la reprise des hostilités, poursuivie avec Insoluble, titre plus aérien, savoureux cocktail mêlant la douceur électronique à la voix protectrice de Gahan (When you are whispering in my ear, you have nothing to fear). Endless propose une montée en intensité pop après une intro très ambient; encore un titre proche du son Archive. A Little Lie pourrait quant à elle figurer sur un album de Depeche Mode, et Down, qui clot Hourglass, est très sombre, tant au niveau de l’ambiance musicale que du texte. Majestueusement sombre, à l’image de son auteur. propose une montée en intensité pop après une intro très ambient ; encore un titre proche du son Archive.

     Gahan, homme tourmenté, nous offre donc un album enfin à la hauteur de ses superbes interpétations des chansons de Martin Gore, dont l’ombre se fait bien moins présente que sur Paper Monsters. Hourglass n’est pas une extension de DM, mais bien un album qui porte la marque personnelle de Gahan. Ces deux fortes personnalités avaient pu jusqu’ici cohabiter, car le rôle de chacun était bien établi : Gore composait, Gahan chantait. L’avenir nous dira si l’épanouissement solo de Gahan sonne la fin de DM ou s’il est au contraire la condition qui lui permet de continuer à exister.

 

Par actuarno
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Vendredi 30 novembre 2007 5 30 /11 /Nov /2007 00:06

   
 
Ils sont jeunes. Il a 19 ans, se fait appeler Jack, est étudiant en BTS de Gestion d’entreprise. Elle a 16 ans, s’appelle Margaux, est encore lycéenne, et ne le quitte pas des yeux. Ils sont un couple bien représentatif de ces jeunes danseurs de Tectonique qui investissent les rues des grandes métropoles françaises. Le promeneur occasionnel ou l’habitué des rues du centre-ville de Lille aura pu remarquer depuis cet été ces happenings réguliers, surtout les mercredi et samedi après-midi, sur les marches de l’Opéra, face au Théâtre du Nord sur la Grand Place, ou encore dans ce qu’ils appellent le « cratère », à savoir la structure extérieure en forme d’amphithéâtre qui surplombe la station de métro Place de la République. C’est là qu’on pouvait les trouver ce mercredi 7 novembre, veille de rentrée scolaire.  

     Ils sont une centaine à braver les 10° qu’affiche le thermomètre, pour la plupart légèrement vêtus, autour d’un radio-cassette qui sert de sono. Les looks sont soignés, identiques, identitaires. Les garçons arborent la coupe courte, crête fixée au gel, t-shirt noir ou flashy, jean slim, baskets ou chaussures mode. Les filles se ressemblent tout autant : la coupe à la mode (frange courte, dégradé prononcé, quelques mèches de couleur), le jean slim et un top sexy sont de rigueur. Les nouveaux clubbers descendent dans la rue, et les pavés de la capitale des Flandres font office de dancefloor, au moment où les boites de nuit sont fermées.

    

 

Mélange des genres, social networking et marketing

 

     La tectonique est une danse atypique, car elle mélange des éléments typiquement club et la culture de danse hip-hop : la musique est techno, mais les mouvements sont un mélange du « jump », danse électronique issue des boîtes belges, et de mouvements de corps amples hérités de la scène urbaine, réalisés sur le modèle des « battles », ces défis en face à face, propres à la culture hip-hop (battles de danse, de rap, de DJ). Les danseurs ne se limitent donc pas à l’espace des discothèques pour s’exprimer, mais investissement également les rues.

     Jack me dit en être « depuis le tout début », et m’explique comment ce phénomène a démarré à Lille : « Tout est parti d’une vidéo de lui filmé en train de danser dans la rue qu’un mec a  mise en ligne sur Dailymotion, dans laquelle il donnait son adresse MSN. On a été plusieurs potes à le contacter et on s’est donné rendez-vous le premier samedi d’août sur les marches de l’Opéra. » Les danseurs de Tectonique sont pour l’essentiel encore lycéens, sinon jeunes étudiants ; rares sont ceux qui ont dépassé les 20 ans. Le phénomène touche une génération qui use abondamment d’Internet, des jeunes habitués à rendre publics leurs intérêts, envies, coups de cœur et exploits, filmés à l’aide de leur téléphone portable, et les mettre en ligne sur les blogs, forums de discussion et sites de diffusion de vidéo.

 

     De la quinzaine de danseurs de ce premier rassemblement estival, il ne reste que quelques membres, du propre aveu de Jack, mais le nombre de danseurs a cru de façon exponentielle à la fin de l’été, pour atteindre la centaine au pied de l’Opéra le samedi de la Braderie, et ils étaient plusieurs centaines, parmi lesquels des parisiens venus spécialement pour l’occasion, invités par leurs homologues lillois, lors du concert du DJ David Vendetta, bien connu des clubbers, début septembre. Il me précise enfin que le noyau dur des danseurs lillois se retrouve dans les boîtes lilloises le samedi soir ou lors des soirées étudiantes organisées au Palace Café, Network, 7 Heaven.

     On distingue parmi les danseurs présents ce mercredi après-midi quelques porteurs de t-shirts distinctifs noirs, barrés de la mention « Soonnight », qui se relayent pour filmer l’événement. Qui sont-ils ? Un collectif de danseurs qui veulent immortaliser et diffuser en ligne leurs exploits ? Non ! Soonnight[1], qui couvre de nombreux événements clubbing en France et fait office de plate-forme multimédia dédiée aux sorties nocturnes, détient l’exclusivité de la diffusion des images des danseurs, pour la marque Tecktonik, comme me l’expliquent deux membres du collectif, Elodie et Hélène, étudiantes de 18 ans et 20 ans. Car Tecktonik est une marque déposée par le Métropolis, la boîte de nuit parisienne à l’origine du mouvement, qui a lancé une ligne de t-shirts siglés tecktonik, qui se vendent très bien. Au regard de cette couverture bien rôdée et du marketing qui suit la vague, on se demande si les réunions de danseurs sont spontanées ou orchestrées dans le cadre d’une campagne marketing de lancement du produit Tectonique.  

 

     Certains, présents depuis le début des sessions de danse dans les rues de Lille, me disent regretter que les nouveaux venus ne respectent pas les principes de départ, et notamment qu’ils délaissent la danse en face à face pour une version  strictement individuelle de la performance,  et ils quittent rapidement la piste. Alors, la vague tectonique ne fait-elle que commencer ou n’est-ce qu’un phénomène éphémère, déjà sur le déclin ?

 



[1] www.soonnight.com

Par actuarno
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Mercredi 25 avril 2007 3 25 /04 /Avr /2007 09:54

      

     Voilà, c’est fini. Ce jour tant attendu par tous, candidats, dirigeants, militants et électeurs a eu lieu ! Il a livré son lot de confirmations, de surprises dans une intensité incroyable. Il ne s’agit que de la deuxième élection présidentielle que je vis comme électeur, et comme spectateur aussi attentif, mais je ne sais pas si une campagne et un scrutin ont déjà autant focalisé l’attention et l’esprit des Français. La mobilisation à un taux historique des électeurs semble aller dans le sens d’une confirmation de mes impressions. S’est fait jour au fil de la campagne un intérêt des Français que je n’aurais osé espérer… Quels sont les enseignements majeurs qu’il faut retenir des résultats de ce premier tour de l’élection présidentielle du 22 avril 2007?

 

 

Le 22 avril 2007 a bien été un 21 avril 2002 à l’envers

 

 

     Tout d’abord, çà n’aura échappé à personne, on a observé lors de ce scrutin une participation record pour un premier tour d’élection présidentielle en France (83.78% des inscrits sur les listes sont allés voter !), contre-pied saisissant du taux d’abstention record du scrutin d’il y’a cinq ans (28.40% des électeurs potentiels avaient déserté les urnes). Les médias, les analystes, les candidats et les représentants politiques l’ont abondamment commenté, et chacun aura pu le remarquer en allant voter, ou, à défaut, en voyant les images retransmises des ces bureaux de vote pleins et bordés de files d’attente. C’est un premier constat, demi surprise, demi-confirmation. On attendait certes une forte mobilisation, en raison des résultats connus il y’a cinq ans dans des circonstances de forte démobilisation électorale, mais la participation a tout de même atteint une ampleur étonnante.

 

 

     En second lieu, ce qui frappe à la vue des résultats enregistrés ce dimanche, c’est l’évidente concentration des voix qui, là encore, se fait à l’inverse de la dispersion observée en 2002. Les deux candidats qualifiés pour le second tour, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, ont obtenu conjointement 57.05% des voix (respectivement 31.18% et 25.87%), quand leurs homologues du scrutin précédent s’étaient vus porter au second tour en ayant réuni sur leur nom un total d’à peine 36.74% des suffrages (19.88% pour Jacques Chirac, 16.86% pour Jean-Marie Le Pen).

     Certes, comme l’inattendu Lionel Jospin en 2002 (16.18%), le troisième homme, François Bayrou, réussit en 2007 lui aussi un score élevé (18.57% des voix), et ils sont cette année quatre candidats à avoir obtenu plus de 10% des suffrages (Le score de Jean-Marie Le Pen s’élève à 10.44%), alors qu’ils n’étaient que trois à avoir franchi cette barre symbolique il y a cinq ans. Mais ces quatre candidats totalisent ensemble 75.65 %, quand le score cumulé des quatre premiers candidats de 2002 atteignait un pénible 59.76%, supérieur seulement de 2.71 points au vote Sarkozy/Royal 2007 agrégé !

     De façon remarquable, aucun candidat à l’exception des quatre premiers n’est parvenu à dépasser 5% des suffrages exprimés, seuil oh combien important, est-il besoin de le rappeler, car il détermine le taux de remboursement par l’Etat des frais engagés dans la campagne ! Ils étaient trois dans ce cas en 2002 : Arlette Laguiller (5.72%), Jean-Pierre Chevènement (5.33%) et  Noël Mamère (5.25%).

 

 

     On constate ensuite que l’appel au « vote utile » a fonctionné à plein à gauche. Hantés par le souvenir de l’élimination au premier tour du candidat du PS lors de la précédente élection présidentielle, les électeurs de gauche se sont dès le premier tour massivement mobilisés en faveur de la candidate du PS cette année. Ségolène Royal a obtenu 25.87% du total des suffrages exprimés, contre 16.18% pour Lionel Jospin. Autre chiffre qui confirme si besoin était cette tendance : les autres candidats de gauche n’ont réuni que 10.57% des voix, bien en-deça du score cumulé de 26.71% atteint en 2002. Ceci confirme mes impressions et le score est tout à fait dans mes prévisions pour ce qui concerne la candidate PS. (Le reste de mes pronostics s’est avéré bien moins juste…).

     On peut d’ailleurs avancer l’hypothèse qu’un épisode électoral comme le 21 avril 2002 n’ait été qu’un phénomène circonstanciel et ne se reproduira plus. Il semble que les partis et les électeurs ont pris conscience du fonctionnement du scrutin présidentiel, après en avoir en utilisé et dépassé les limites. Car c’est bien la multiplication des candidatures des alliés du PS au sein du gouvernement dit de « Gauche Plurielle », au pouvoir de 1997 à 2002 qui a tout changé il y a cinq ans : Jean-Pierre Chevènement, Noël Mamère, Robert Hue et Christiane Taubira avaient à eux quatre recueilli 16.27% des voix, un total supérieur à celui obtenu au premier tour par le candidat qu’ils et leurs électeurs souhaitaient dans leur immense majorité voir gagner au second ! Les candidats issus de partis probables alliés du PS au sein d’une majorité de gauche n’étaient que deux cette année (les seules Dominique Voynet, Verts, et Marie-George Buffet, PCF), seuls 3.5% des électeurs leur ont accordé leur voix.

 

 

     En outre, le candidat du Front National a réalisé cette année un score très inférieur à son score de 2002, ne réunissant sur son nom que 10.78% des électeurs, bien moins que les 16.88% qui l’avaient qualifié pour le second tour il y a cinq ans, au profit d’un scénario qui paraissait improbable aux yeux de tout le monde. Il n’est pas surprenant que la participation de 7.765.065 électeurs de plus qu’en 2002 ait joué en la défaveur de Jean-Marie Le Pen – à l’inverse du scrutin de 2002, quand la forte abstention avait amplifié son gain de voix – mais le président du Front National n’as pas seulement vu sa part des suffrages exprimer baisser : le candidat du FN a perdu en cinq ans quasiment un millions d’électeurs ! On n’a décompté ce 22 avril 2007 que 3.835.029 bulletins en faveur du leader de l’extrême-droite française, contre 4.804.713 lors du premier tour de l’élection présidentielle il y a cinq ans.

 

 

     Il semble que ce soit Nicolas Sarkozy qui ait bénéficié de/provoqué cette baisse de l’audience électorale de Jean-Marie Le Pen : celle –ci est patente dans les points d’ancrages du FN au niveau national. Je ne pensais pas que l’appropriation par le candidat de droite des thématiques chères au FN dans ses discours et son programme lui suffise à ravir un nombre conséquent d’électeurs au candidat d’extrême-droite, les résultats m’ont donné tort. Le candidat de l’UMP réalise un score bien supérieur à ce que j’envisageais, dans un scénario très proche des intentions de vote qu’ont mesuré les instituts de sondage lors de la dernière semaine pré-électorale.

     Je m’attendais à ce que Nicolas Sarkozy plafonne aux alentours de 23-24%, soit sept à huit points en dessous de ce score de 31.18% qu’il a réalisé. J’attribuais ces points à François Bayrou pour deux à trois points et de Jean-Marie Le Pen, pour cinq à six points. Il s’agit là aussi d’un élément qui atteste du recentrage de l’électorat de droite autour du candidat modéré, dans un phénomène semblable à celui observé à gauche. La qualification des deux candidats modérés de gauche et de droite nous permet de constater un retour à des résultats plus conformes à la tradition électorale française sous la Vème République.

 

 

     Enfin, l’émergence de François Bayrou en tant que troisième force avec 6.820.914 suffrages obtenus (pour une part de 18.57% des suffrages exprimés) est l’enseignement peut-être le plus décisif de ce premier tour de scrutin. Car le report des voix des électeurs qui ont voté pour son programme et en faveur de son positionnement centriste sera la clé du second tour. En faveur de quel candidat ces presque sept millions d’électeurs s’exprimeront-ils ? Combien s’abstiendront, se tenant à un refus de choisir entre gauche et droite ? A quel report de voix s’attendre, au regard de la prise de distance du candidat UDF avec les appareils et les représentants des deux partis PS et UMP, cet axe de campagne ayant semble-t-il séduit bon nombre des électeurs qui se sont retrouvés dans sa candidature ?

 

Par actuarno
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Dimanche 22 avril 2007 7 22 /04 /Avr /2007 14:51

 

 

Plus d’inscrits, une forte participation prévue

 

     Pour ce scrutin du 22 avril 2007, nous serons 44.474.519 Français à pouvoir voter, soit 3.279.830 de plus qu’en 2002 (41 194 689 inscrits).On peut voir dans cette augmentation significative un effet du premier tour de 2002, tant il parait improbable qu’il s’agisse de presque trois millions de nouveaux inscrits encore mineurs il y’a cinq ans. Cette donnée aura une importance capitale, quand on se rappelle que c’est un écart d’à peine 194.600 voix entre Le Pen et Jospin il y a cinq ans (4.804.713 voix recueillies par Le Pen, contre 4.610.113 bulletins en faveur de Jospin) qui qualifia le premier et élimina le second du deuxième tour de scrutin, changeant radicalement la tournure de l’élection. Au regard du choc qu’a été pour le pays le résultat du 21 avril 2002, et à la suite du référendum de juin 2005 qui a vu la victoire du « Non » au projet de traité constitutionnel européen et pour lequel on avait observé une forte participation, on attend une forte mobilisation des électeurs ce dimanche 22 avril. Les intentions d’abstention sont évaluées à un peu plus de 20% par les instituts de sondages. Mais reste inconnus les bénéficiaires de ces suffrages nouveaux qui semblent unanimement attendus…

Le jeu des pronostics

 

     Il est toujours très difficile de faire des pronostics sur les résultats des élections, surtout quand 50% des électeurs se déclarent indécis. Les derniers scrutins présidentiels ont réservé des surprises : la monté de Jean-Marie Le Pen en 1988, l’arrivée en tête de Lionel Jospin et l’élimination d’Edouard Balladur en 1995, et, point d’orgue, le 21 avril 2002, le « choc » de la qualification de Jean-Marie Le Pen et l’élimination du candidat socialiste. L’indécision des Français ouvre le champ à nombreux scenarii, jamais scrutin n’ayant semblé aussi peu prévisible.

     J’incline à penser pour ma part que Ségolène Royal arrivera en tête au premier tour, comme l’inattendu Jospin en 1995, en tête du trio formé avec Chirac et Balladur, avec un score autour de 25%. Je vois un affaiblissement de Nicolas Sarkozy par rapport à l’évaluation des sondages, qui le créditent d’un score moyen de 27% en cette dernière semaine de campagne. J’envisage un vote Bayrou et un vote Le Pen supérieurs aux estimations, sans pour autant parier sur une élimination du candidat UMP. Voici mes arguments : 

 

1. Une surmobilisation de la gauche pour une conjuration du 21 avril 2002

     La forte « re-mobilisation » électorale attendue, à rebours de la désaffection remarquée il y a cinq ans, va profiter largement à Ségolène Royal. J’y associe en effet une volonté de « conjurer » le 21 avril2002, souvenir cauchemardesque pour le candidat, les dirigeants, militants, sympathisants/électeurs du PS, mais aussi et peut-être plus encore pour les citoyens qui souhaitaient voter pour Lionel Jospin au second tour, mais qui ne s’étaient pas mobilisés ce jour là, pensant les jeux faits, et le duel Chirac-Jospin ineluctable au second tour. Ces « abstentionnistes PS », regrettant leur choix du 21 avril 2002, pourraient doublement voter : une fois pour Ségolène Royal, une fois pour Jospin, cinq ans après. Le ralliement de Jean-Pierre Chevènement et l’implication de Christiane Taubira au sein du comité de campagne de la candidate PS (en qualité de porte-parole), tous deux candidats qui avaient il y a cinq ans rogné une partie de l’électorat promis à Lionel Jospin – sinon au premier tour, vraisemblablement en majorité au second –, le score désastreux qui se profile pour la candidate des Verts, Dominique Voynet, et le score de la candidate du PCF, Marie-George Buffet, probablement inférieur à celui réalisé par Robert Hue en 2002, sont autant d’éléments qui corroborent ce raisonnement. Je pense donc que Ségolène Royal bénéficiera d’une surmobilisation des électeurs de la « gauche plurielle ».

 

2. Sarkozy pourrait s’affaiblir à sa gauche et à sa droite et subir une moins forte mobilisation de son électorat potentiel 

    

     Sarkozy mobilise contre lui, au moins autant qu’en sa faveur. C’est ma conviction profonde depuis un an et demi, avant les déclarations de candidature, pré-campagne, campagne à proprement parler. Sa personnalité, son ton autoritaire, agressif, s’ils galvanisent ses partisans et séduisent des électeurs, agacent profondément, et son programme résolument libéral et sécuritaire, a conduit à mon sens, des citoyens « dépolitisés » ou apolitiques à s’inscrire pour voter contre lui. Ceci sera favorable à la candidate socialiste, qui apparaît déjà comme l’anti-sarkozy, plus que les autres candidats, et même si l’on peut s’attendre à la défection probable d’une partie de l’électorat PS en faveur de Bayrou. Par ailleurs, je pense qu’il pourrait perdre à sa gauche et à sa droite, au profit, donc, de François Bayrou et Jean-Marie Le Pen. D’une part, ses prises de positions récentes sur le rôle de l’inné dans le comportement pédophile et le suicide des adolescents lors d’une discussion philosophique avec Michel Onfray, retranscrites dans un magazine, pourraient lui faire perdre une partie de l’électorat de droite modérée, qui se replierait vers un Bayrou plus « droite-chrétienne » Un Bayrou, qui en sa qualité d’ancien enseignant et de catholique pratiquant, incarnerait davantage les valeurs dont se réclame cet électorat, et notamment le primat de l’éducation sur l’inné. D’autre part, ses discours patriotiques et sécuritaires forts, s’ils peuvent lui attirer des voix promises à Jean-Marie Le Pen, pourraient inciter des citoyens qui soutiennent ces propos, à « lui préférer l’original à la copie », pour reprendre les mots de Jean-Marie Le Pen, et donc donner leur voix à ce dernier. Enfin, il pourrait subir une moins forte mobilisation de ses sympathisants, qui, pensant que les jeux déjà sont faits et la qualification pour le second tour acquise, pourraient s’abstenir.

 

3. Jean Marie Le Pen fera une nouvelle fois un score plus élevé que ne le prévoient les sondages

 

     Comme développé précédemment, je vois Nicolas Sarkozy perdre des voix en faveur du candidat FN. Au-delà de cet argument, je reste convaincu que les votes FN sont sous-évalués dans les enquêtes des instituts de sondage, qui, rappelons-le, interrogent des panels représentatifs de la population sur leur intention de vote. Certes ils corrigent les données recueillies (en se référant à l’écart constaté entre le nombre de votants Le Pen déclarés, au nombre de votants effectif lors du scrutin précédent), mais le vote Le Pen a toujours été supérieur à ce qui était anticipé lors des scrutins précédents, et l’on peut donc penser qu’il en sera de même le 22 avril 2007. La propension à ne pas se déclarer électeur FN lors des enquêtes est une réalité, et le président FN bénéficie peut-être d’une décision de vote sanction tardive d’électeurs qui se seraient déclarés favorables à un autre candidat.

     Je ne crois pas que Nicolas Sarkozy empiètera sur l’électorat FN au premier tour, car l’identité de vote FN, si elle semble bien difficile à définir, implique souvent le rejet du système et des hommes en place, dont Nicolas Sarkozy est identifié comme étant l’une des figures de proue. La reprise de certaines thématiques (la question de l’immigration), ou formules (« La France, si vous ne l’aimez pas, quittez là ! » du FN, ou des prises de position autoritaires et sécuritaires ne me paraissent pas suffire pour que la candidat UMP gagne des voix au sein de l’électorat FN. Jean-Marie Le Pen est évalué dans les dernières enquêtes aux alentours du score qu’il a réalisé en 2002(16.8% des suffrages exprimés), et je le vois bénéficier également de l’augmentation du corps électoral et de la participation. Pourquoi les citoyens ayant décidé de s’inscrire et voter ne le feraient-ils pas également pour apporter leur soutien à celui qui s’est qualifié pour le second tour il y a cinq ans ? Car il semble bien que ce résultat historique ait désinhibé les sympathisants, que l’on se déclare plus facilement « du FN ». Le corps des électeurs FN pourraient s’en trouver enrichi.

Par actuarno
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